Silence !


‌‌Aprés-midi.
Le rap du jeune de la maison en face au premier étage le dispute à la techno du jeune au dernier étage, tandis que la ponceuse électrique de Monsieur Po, au second étage, mène rude concurrence à la perceuse du gars qui bricole dans son garage.
Pendant ce temps Miss Univers au troisième vocalise sur Dion Céline, chanteuse has been connue pour sa grande gueule qu’elle n’a aucun mal à égaler question décibels tout en vernissant ses ongles longs comme ça d’un orange flashy qu’on n’avait pas vu depuis les années 80. La donzelle entre deux fausses notes prend la pose le temps d’un selfie sophistiqué, tête penchée tendrement sur ses menottes  peinturlurées, sourire énigmatique entre deux joues empâtées de capitons de graisse blême. De quoi remporter un max de like sur facebook.
En bruit de fond, tentant de couvrir le tout, les télés de trois ou quatre petits vieux tentant d’écouter des chiffres et des lettres et les vociférations de deux mecs en bas prêts à en venir aux mains pour une histoire de bagnole qui gêne.
Et puis soudain … Plus rien.
Le silence.
La panne.

Merveilleuse, salvatrice panne d’électricité.
Le jeune du rap de la maison en face au premier étage fait une apparition sur le balcon, bouche ouverte et doigts des mains écartés comme un gamin de quatre ans. Celui à la techno au dernier étage boude, effondré sur sa table devant un écran noir comme la fin du monde, noir c’est noir il n’y a plus d’espoir. Monsieur Po, au second, imperturbable poursuit son labeur à la ponceuse manuelle, voilà un gars qui a de la bouteille et de la ressource, les ans en sont la cause, tandis que le gars qui bricole dans son garage en profite pour se soulager contre le mur de la cour, ha ça fait du bien! Flashy girl entame un second paquet de chips et ouvre une canette de soda pour noyer son chagrin. Les petits vieux regardent leurs mains en se demandant s’ils pourront voir au « question pour un champion » et ce qu’ils vont manger ce soir. Les deux mecs à la bagnole filent bras dessus bras dessous au troquet du coin parce que s’engueuler dans le silence a moins de charme.
Un merle passe. Moqueur, évidemment.

Je sens ma peau se libérer d’une multitudes de petites aiguilles qui me taraudaient sans que je m’en rende compte, elles tombent une à une et se dissolvent dans l’air comme neige fond au soleil, puis mes muscles se détendent, reprennent leur forme allongée et souple, puis enfin mes nerfs se décrispent les uns après les autres, ma respiration saccadée reprend son rythme calme et cette envie de tuer quelqu’un qui me taraudait depuis quelques heures s’évapore doucement (quoiqu’à regret tout de même). Je m’allonge sur les draps frais changés de ce matin et m’endors.
Deux heures plus tard un hourra déchire l’air suivi du rap du jeune de la maison en face au premier étage qui le dispute à la techno du jeune … Monsieur Po… Dion Céline..les vieux etc etc…

Le bonheur n’a qu’un temps.

41 réflexions au sujet de « Silence ! »

  1. caroleone

    Ben dis donc……c’est agité tout ceci !! A vouloir laisser derrière soit ce monde civilisé ! C’est là que j’ai de la chance de mon côté d’être à demi-sourde. L’avantage comme chacun le sait, c’est qu’un sourd entend ce qu’il veut. Bon, ça crée d’autres problèmes évidemment, mais on s’habitue.

    Répondre
    1. almanito Auteur de l’article

      Mon grand-père était sourd, enfin on n’a jamais vraiment su parce qu’il entendait toujours ce qu’il ne devait pas entendre. Un jour que je lui ai dit merde entre mes dents en gamine irrespectueuse que j’étais, j’ai reçu une claque, ce jour là, j’ai eu la révélation qu’il n’était pas sourd tous les jours 😉

      Répondre
  2. MF

    Les bruits de la ville! les boucans des jeunes, les aigus d’une blonde (vraisemblablement – tu ne les gâtes pas), la télé des vieux, etc…. Mais je vais te raconter la campagne, les tondeuses à gazon (dès qu’il fait beau, naturellement), les tronçonneuses, les bricoleurs qui scient, qui poncent, qui clouent, ah! et surtout, les gueulements de chien, ça n’arrête pas…. Le clébard d’en face n’a pas encore compris que j’habitais ici, il aboie furieusement dès que je vais à la boîte aux lettres. Peut-être que les gens aiment ça, le bruit, que ça les fait exister….

    Répondre
      1. Laurence Délis

        Ah oui, effectivement, les rues étroites n’aident pas à la discrétion… d’autant que la plupart des gens ne prêtent guère attention aux autres…
        J’espère que les soirées sont plus calmes

      2. almanito Auteur de l’article

        Pareil et encore depuis deux ans on ne subit plus les animations karaoké et autres dans les rues adjacentes, j’en viendrais presque à bénir ce foutu virus, mais non, quand même pas.

  3. Chinou

    Tout ceci ne serait il pas pas dû à un manque flagrant de respect d’autrui, de respect du voisinage.Nous vivons dans un monde d’égoïste où chacun « tire la couverture à soi ». Allez, l’hiver arrive et tu pourras fermer les fenêtres. Bon courage et à tout bientôt.

    Répondre
  4. karouge

    Non seulement le boucan est vraiment pénible (et hélas divers : mobylettes, musique à tue-tête, outils en tout genre, chiens qui aboient, disputes conjugales ou pas etc), mais le gros problème annexe, c’est « le bruit qui court ». Celui-là est souvent entretenu par les mêmes enquiquineurs, qui défilent tous les samedis en hurlant « liberté ». 😡👿

    Répondre
  5. Dominique

    Texte très… animé, vivant, cacophonique ! Les bruits de la vie quoi !même si on l’aimerait plus tranquille. Chez moi ce sont les corneilles du « grand arbre en face » qui donnent des concerts toute la journée, c’est crispant ces choeurs de couacs qui couvrent ceux des tourterelles et des mouettes ! Couaque ceusss des mouettes ne sont pas des plus mélodiques non plus ! Mais le pire bruit est encore celui des skates-boards qui dévalent mon avenue la nuit ! Tu vois nous avons tous notre enfer acoustique où que nous soyons ! 🗣👂

    Répondre
    1. almanito Auteur de l’article

      Alors très curieusement, je supporte le bruit des mouettes, les aboiements, un bébé qui pleure (sauf si c’est au point de me demander s’il souffre), les bruits de travaux etc. Ce qui est inadmissible c’est le bruit évitable des sans-gêne comme les skates, la musique trop forte etc. Là, j’ai des pulsions meurtrières 😉

      Répondre
  6. Frog

    Je supporte de moins en moins le bruit, et c’est paradoxalement lié à ma mauvaise ouïe – les sons résonnent horriblement (même ma propre voix parfois). Dans mon cas il est certain que le bruit me rend agressive et le stress rend idiot. En tout cas j’aime beaucoup ton texte !

    Répondre
  7. polly

    Ambiance napolitaine! Dans mes souvenirs, c’est Naples qui gagne à tous les coups, incroyable comme cette ville m’a marquée pour sa cacophonie, les gens ne parlent pas, ils hurlent et les klaxons sont permanents.
    Comme d’habitude, tu sais rendre avec justesse, précision et humour une ambiance. J’adore.

    Répondre
    1. almanito Auteur de l’article

      Ici on ne hurle que lorsqu’on est en colère, les klaxons, il y a encore 10 ans étaient considérés comme une insulte personnelle. Il n’était pas rare qu’un gars s’arrête au milieu de la chaussée pour dire bonjour et discuter avec quelqu’un. On patientait derrière sans rien dire 😉 C’était le bon temps… Marrant cette aptitude que l’on a d’adopter le pire de ce qui vient de l’extérieur et pas souvent le meilleur.

      Répondre
  8. walachniewicz

    Vernie que tu es, tu as eu 2 heures d’interruption !
    Je rentre un soir, panne électrique généralisée, pas de radio, Wifi, écran. Soudain une impression de liberté totale succède à la frustration. Le temps se déplie comme une carte ancienne pleine de découvertes, les murs reculent, je dispose d’un espace insoupçonné de réflexions ou de rêves. J’en viens à penser qu’il faudrait nous imposer des pannes pour nous permettre de nous retrouver mais ça ne plairait pas à tout le monde ;o) …hélas

    Répondre
    1. almanito Auteur de l’article

      C’est une chose que j’ai du mal à comprendre, pourquoi la plupart des gens ne peuvent pas vivre sans bruit ? On a eu de la musique hier toute la journée, ça a duré jusqu’à 1 heure du matin et ce matin à 6 heures, il y avait déjà une radio allumée…
      Tu as raison, il faut exiger un jour de panne par semaine. Comme ça les gens pas contents pourront râler , mais silencieusement 😉

      Répondre
  9. Joséphine Lanesem

    Comme je te comprends ! Je suis très, trop sensible au bruit. Même aux bruits mineurs – comme la mastication intempestive. Et j’ai aussi une sorte d’intolérance à la musique – très difficile à expliquer en société. J’ai grandi dans un environnement saturé de musiques – entre les exercices instrumentaux des uns et les tubes à fond les ballons des autres, avec ma chambre juste au-dessus d’un magasin de vêtements à la mélodie d’ambiance continuelle. Même quand je l’apprécie, j’ai vraiment du mal à la supporter plus d’une vingtaine minutes et c’est toujours un soulagement quand elle s’arrête. Je crois même que je préfère les bruits à la musique 😂

    Répondre
    1. almanito Auteur de l’article

      Ravie de trouver quelqu’un « allergique » à la musique, j’ose à peine avouer que je suis incapable d’en écouter plus de quinze minutes d’affilée. Pareil pour les bruits mineurs, j’entends le chat la nuit se lécher dans la pièce à côté qui m’empêche de dormir. En fait je crois que nous entendons trop et que nous passons pour des personnes intolérantes 😉

      Répondre
  10. Mony

    J’ai plongé avec toi dans ce silence libérateur et hélas trop court. Tu as bien rendu ces ambiances insupportables et bruyantes. Ici, je vis dans le calme, surtout la nuit, et c’est un bonheur. Merci Almanito de me mener à ta suite sur ton île

    Répondre
      1. Quichottine

        Tu me fais rire…
        J’ai cru longtemps que vivre sur une île déserte serait une bonne idée. Je ne le crois plus aujourd’hui. 🙂
        Mais j’aime aussi le silence…

  11. Katia

    Tu racontes toujours avec merveille les « boucans » de la ville, c’est un bonheur de te lire.
    J’ai quitté la Provence à cause du bruit et du non-respect des gens. Certes, j’ai ici un temps plus pourri, mais quel calme ! Seuls le son de tracteurs, d’oiseaux, de vaches, quelques chiens au loin, mais rien de méchant.
    Ah si, quand même l’unique inconvénient, ce sont les chasseurs qui ne vont pas tarder à reprendre leur fusil le WE pour traquer le gibier durant 6 mois.
    Finalement, une île déserte me conviendrait aussi 🙂

    Répondre
  12. gibulène

    bien représentatif de la vie en immeubles ou centre ville !!! mais plus tu habites à la campagne plus tu apprécie le silence et plus ta patience de base s’effrite. C’est impressionnant ce que le moindre bruit, et je ne parle pas de décibels à fond, peut alors être irritant voire même angoissant ! Moi l’ex-citadine je suis devenue complètement allergique aux perturbations sonores (chez moi s’entend, lorsque je vais vers le monde civilisé je suis « conditionnée » 😀 )

    Répondre
  13. Marlabis

    Sacré concerto imposé que voilà ! De quoi devenir folle ! Je te comprends quand tu dis qu’un chat qui se lèche durant la nuit, ça te réveille, ça me fait le même effet, ça me réveille aussi, à contrario, je peux dormir là fenêtre ouverte et les cloches qui sonnent les heures et les demi-heures à moins de 30 mètres de chez moi, ne me dérangent pas ! Il te faut bien du courage pour continuer à vivre dans ce centre ville je trouve…

    Répondre
    1. almanito Auteur de l’article

      Oui mais j’adore la maison où j’habite, une très vieille maison en pierre avec des couleurs, des voûtes, des tomettes, une hauteur de plafond de 3,20m (impossible à chauffer en hiver) Je m’y suis sentie bien à la première seconde 🙂

      Répondre

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s