Les nuisibles migrateurs (volet II)

Alors ici attention! Il n’est pas question de confondre, comme c’est si souvent le cas: un migrateur n’est pas forcément un nuisible. Seuls quelques uns le sont et en toute état de cause, afin de ne pas faire de dégâts inutiles par simple ignorance, il est formellement interdit de les détruire. Donc dans le doute, laissez-les gambader.

Une fois ceci bien compris, nous allons donc nous pencher sur le cas du nuisible migrateur qui sera notre sujet d’étude du jour. Le migrateur passe l’hiver dans les plaines froides de la partie septentrionale de l’Europe et des Etats-Unis. On le distingue par sa peau très pâle – à noter cependant et pour éviter toute méprise, que la couleur claire du nuisible n’est pas un facteur d’identification absolu car nombre de migrateurs non nuisibles sont également très blancs – et une prothèse généralement fixée au milieu du thorax, nommée APN. Non, mademoiselle au fond de la salle qui ricane bêtement, il ne s’agit pas de son appareil reproducteur, c’est en fait une sorte de troisième oeil qui lui sert d’aide mémoire. Poursuivons. Le nuisible migrateur ne se déplace jamais seul. Il arrive par groupes, parfois de 8000 individus comme récemment, qui sortent des bateaux ou des avions en longues files serrées, à la façon des chenilles processionnaires. Le nuisible est un malin: il s’infiltre dans la foule. Le migrateur d’outre-atlantique se reconnait à son poids, souvent plus conséquent, à ses parures bariolées et à ses chaussettes dans ses tongs.

Pourquoi, me demanderez-vous, cette migration, alors que ces individus ont à leur portée toute la nourriture nécessaire et un nid qu’il s’est généralement construit douillet sur place? Eh bien c’est pour ce que l’on appelle couramment la mue. Sitôt arrivé, le migrateur se rue sur les plages et expose son corps d’albâtre aux ultra violets, semblant y prendre un net plaisir. Au bout de deux jours, apparaissent de petits gonflements sur la peau, appelés cloques. On en a vu de superbes, tout à fait remarquables, que l’on numérote sur une échelle (appelée échelle de rôtissoire) de 1 à 3. Apparait alors la première mue, le migrateur se défait de sa vieille peau, et une peau plus foncée apparait ensuite. La seconde mue n’interviendra qu’une quinzaine de jours après son retour vers des climats froids et la peau redeviendra aussi diaphane qu’auparavant. L’intérêt de la chose restant un mystère. On ne s’explique pas très bien ce phénomène, nombre de scientifiques se sont penchés sur la question et s’accordent pour dire d’une même voix: non, cette mue annuelle n’est pas physiologiquement nécessaire à leur équilibre.

Alors comment reconnaître à coup sûr le nuisible?

A SON COMPORTEMENT. Uniquement à son comportement.

Le nuisible est un être à demi conscient. C’est celui qui toise l’autochtone, ne dit jamais ni bonjour ni merci, se lave dans les torrents avec son savon chimique, se soulage là où il se trouve: montagne, chemins de randonnées, plage, mer, rues, abandonne n’importe où les reliefs de ses pizzas, chipe les pourboires des serveurs en rasant les terrasses des bars, jette son mégot allumé dans le maquis, ne visite que les échoppes de pacotilles, rentre au musée pour jouir de la clim, prend deux places pour garer sa voiture de location (il a peur qu’on lui « abime » la sienne) bouscule les autres dans les files d’attente etc…. C’est aussi un spécimen de moeurs nocturnes. Après avoir écumé tous les débits de boisson des parages, il dévide le trop plein devant votre porte et braille des chansons à textes apprises au karaoké de son patelin. On pense qu’innocemment, il espère ainsi séduire les femelles, mais le sujet reste controversé dans le milieu scientifique.

Pour conclure, disons que le nuisible migrateur fait encore partie d’un vaste sujet d’étude car on connait encore mal les raisons de son comportement. Encore une chose, si vous en voyez un, inutile de lui faire la moindre remarque: il n’est pas physiquement outillé pour entendre le moindre propos sensé. Le mieux à faire étant de l’ignorer ou de l’observer de loin en prenant des notes.

8 réflexions au sujet de « Les nuisibles migrateurs (volet II) »

  1. Christian

    Dès que l’on l’aperçoit mieux vaux se terrer ou le fuir. J’aime la description de ton article Almanito, ici nous en avons à foison dès le début du confinement et aussi au cours des vacances estivales… Ici on mets rarement le nez dehors pour les voir.
    Bonne soirée.

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  2. karouge

    Excellent article traité « cliniquement » avec du gel hydro-alcoolique 100% fait maison. Mais le phénomène se reproduit partout, si le lieu est « touristique ». Je ne mets plus les pieds sur la côte basque et landaise l’Eté. Que tous ces envahisseurs aillent se faire voir au pays des crevettes roses et là, avec de la mayonnaise maison, j’en croquerai (avec un petit verre de rosé)!

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  3. gibulène

    quelquefois, aussi, le ver est déjà dans le fruit…….
    A part ça difficile d’imaginer à quel point on peut ne pas se sentir chez soi dès que l’été arrive… Les migrateurs, nuisibles ou non, occupent pleinement les lieux, et nous poussent dans nos retranchements….. la côte bleue ressemble à un barbecue géant avec ses milliers de saucisses allongées sur leurs petits rectangles de couleur !!! et que le mois de septembre est agréable !!!

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  4. Frog

    Pour leur défense, ayant moi-même migré dans ces fameuses plaines septentrionales, je peux attester du fait que ceux des migrateurs qui peuvent être classés comme nuisibles se comportent de la même manière dans leurs régions d’origine. Ce n’est donc pas par irrespect qu’ils viennent nuire chez toi : ils ont la nuisance dans la peau (d’albâtre). Je ne peux me prononcer au sujet des migrateurs d’outre-atlantique mais il y a fort à parier que ce soit valable pour eux aussi. Heureusement, comme tu le dis, il y a bien des migrateurs non nuisibles !

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  5. almanito Auteur de l’article

    C’est vrai. Je me suis occupée pendant quelques années d’un superbe appartement loué à des vacanciers de toutes provenances et quand certains partaient, cela me faisait de la peine, je les aurais bien gardés 🙂

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